Le Roi de la Montagne : Pourquoi vouloir régner, être spécial, ou différent ?

Publié le par Ouvrons les Yeux



 

Comment concilier cette volonté parfois en nous d'être différent ou de vouloir voler de nos propres ailes tout en ayant l'ambition de se sentir aimé et relié aux autres ?

Nous avons deux forces en nous. L'amour est une force de vie phénoménale. Les nourrissons ne peuvent survivre sans soins affectifs. On sait que l'isolement social a des effets néfastes, parfois mortels. Mais en même temps, pour être un adulte mature et accompli, nous souhaitons voler de nos propres ailes et nous réaliser de manière individuelle. Cela nous semble si important et naturel.

Peut-on parvenir à concilier ces deux pulsions de vie apparemment contradictoires ? Entre grâce et nature ? Certes, le désir d'amour et de connexion peut se réaliser dans les relations quotidiennes, le travail et plus largement le fait d'appartenir à une communauté. Là où la recherche de la spécificité peut se réaliser dans le développement de soi et les arts. Mais si l'on aborde les choses de manière plus profonde, il semble qu'au 21ème siècle la volonté de se séparer à tout prix ait atteint un niveau malsain et dangereux. A tel point que certaines situations peuvent devenir véritablement délétères.

Sur quoi repose l'envie de se séparer ?

Lorsque nous recherchons notre valeur et notre identité auprès de sources extérieures, nous nous efforçons à être reconnus. Un faux sentiment de fierté nous pousse alors à nous distinguer et à souligner au monde entier nos différences voire notre supériorité. La société occidentale nous pousse à cette valorisation du soi avec l'idée que nous puissions être uniques ou devenir le héros de nos propres vies. Sur le marché, y compris celui du développement de soi, la croissance est un moteur. Nous nous croyons être en concurrence avec l'envie de nous surpasser toujours un peu plus pour souligner aux autres que nous sommes les meilleurs. Que ce soit seuls ou en équipes, nous souhaitons gagner et devenir leaders. C'est ce que notre société moderne glorifie. Mais ce culte de la performance a un prix.

Pour qu'il y ait des gagnants, il faut nécessairement des perdants. Le supérieur nécessite l'inférieur. N'avez-vous jamais joué Au Roi de la Montagne lorsque vous étiez enfants ? Tout le monde souhaite atteindre le sommet de la colline et conserver cette position d'ascendance. Sachez dans tous les cas que tôt ou tard, le roi est détrôné et jeté de son perchoir. Le poste est alors revendiqué par quelqu'un d'autre qui se retourne ensuite contre ceux qui l'ont aidé à atteindre le poste convoité. L'excitation de gagner le sommet de la colline est en réalité toujours accompagné de la peur de chuter. Le sommet est en soi un endroit extrêmement fragile et plutôt effrayant. Il y a aura toujours quelqu'un qui tentera de mordiller les talons et désireux de renverser le roi. Gagner en soi est éphémère. Le frisson de la victoire est souvent de courte durée. Et il est devient vite remplacé par un sentiment de long terme de séparation. En soi, une attitude trop égoïste engendre l'isolement. Et le bilan se résume ainsi : solitude, peur et colère. Comme le rappelle le Dalaï Lama, l'attitude égoiste extrême est la source principale de la souffrance.

La peur nous sépare profondément

La compétition est l'une des forces principales du monde des affaires et du sport. Elle est inhérente à notre système éducatif et est source de création de fossé dans de très nombreuses relations. Les partenaires se font en cachette concurrence. Qui contribue le plus à la vie du foyer ? Qui est le meilleur parent ? L'ironie du sort est que la concurrence au sens large peut nous séparer de ceux avec lesquels nous souhaitons le plus nous connecter. Nous sommes des chercheurs d'attention nés. Que nous soyons vêtus des plus beaux vêtements ou couverts de tatouages, nous espérons être remarqués plus que tout. A l'échelle individuelle mais aussi à l'échelle d'un groupe. Nous rejoignons des églises d'une confession particulière et des clubs partageant des intérêts communs. Et nous nous méfions des autres groupes qui semblent être significativement différents des nôtres, tout du moins en apparence.

Mais venons-en à la source du problème : la peur. La peur est à la base de la séparation. Nous avons peur des autres, peur des cultures, couleurs, religions et sexualité différentes. Nous craignons que nos systèmes de croyance soient menacés. Nous avons peur de perdre notre identité. Nous avons peur d'être privés. Et plus que tout nous avons peur de souffrir. Les murs ne nous protégeront pas de cette peur. Pas plus que les insultes ou les guerres. La peur est en réalité interne. Elle se cache en chacun de nous. Et elle ne peut être effacée par aucune mesure extérieure, aucun bouclier. En réalité : la peur ne peut être dominée que par son contraire. Comprenez l'amour, l'acceptation, l'intégration et la compréhension. Car en réalité, il est impossible tout à la fois de comprendre et de haïr. Comme il est impossible d'être "Conscients" sans expérimenter l'Amour.

Considérons nos concurrents de manière différente dès aujourd'hui. Malgré ce que l'on nous enseigne, ils ne sont pas nos principaux ennemis. Quel est l'endroit parfait dans lequel notre ennemi le plus coriace pourrait réellement se cacher. Dans le dernier endroit dans lequel nous oserions un jour porter notre recherche : en nous-même ! Notre plus grand ennemi est en nous et se cache derrière nos peurs les plus intimes. Concentrons-nous donc sur nous-même. Prenons conscience de nos peurs sans jugement, assimilons les élements qui nous font souffrir et allons de l'avant. Peut-être alors parviendrons nous à nous réaliser individuellement sans éprouver de sentiment de concurrence exacerbée, sans cette volonté à tout prix d'être différents ou uniques.

Comme si la Montagne du Roi, celle-là digne d'être véritablement conquise, n'était finalement qu'intérieure...